Le futur de la profession d'avocat

Figurez-vous cher Gabriel Dabi-Schwebel, qu'en 24 heures mon post en commentaire de votre épisode 12 a recueilli près de 1500 impressions. C'est la marque de l’intérêt que soulève l’utilisation de l’intelligence (qui n’en est pas une) artificielle par les professions en général et l’avocature dite d’affaires en particulier.

Je n’ai pas vu d’épisode consacrée à la profession de banquier d’affaires mais je suis à votre disposition pour co-écrire l’épisode qui traitera de leur son effondrement par son ouverture à tout un chacun en général, aux avocats actifs en M&A et levée de fonds en particulier.

Pour ce qui concerne les avocats, vous ne parlez que des « gros » Clifford Chance, Gide, Bredin Prat et Allen & Overy. Vous avez bon goût, ils sont gros mais ils sont bons et n’entrent donc pas dans la catégorie des « gros qui se pensent grands mais qui ne sont que gros » et qui devront perdre cette mauvaise graisse s’ils veulent survivre.

Ceci écrit, même eux devront maigrir pour les raisons que vous exposez et que je vais me permettre de compléter et commenter :

L'heure facturée. Cette unité de mesure est morte depuis longtemps. Cela fait au moins une dizaine d’années que la facturation à l’heure est battue en brèche. Les « gros » se prostituent pour intégrer les « pannels » des banques et autres sociétés du CAC 40 qui obtiennent des tarifs horaires moyens pondérés appliqués à tous les avocats. La traduction de pannel, panneau, n’a jamais été plus pertinente. Ils y tombent tous !

Les autres, sont depuis longtemps contraints de consentir des plafonds d’honoraires pour leurs interventions sur tel ou tel dossier. Le client d’aujourd’hui demande un devis avant de signer en bas de la lettre d’engagement. Ce n’est qu’au bout de quelques années que, la confiance s’étant installée dans les relations avec un cabinet que cette coutume du devis sera abandonnée.

Conclusion : hors pannel, la solution est l’abonnement et l’honoraire de résultat.

Le junior comme machine à production. Petite erreur de perspective, vous oubliez le « stagiaire » qui a tendance à remplacer l’avocat junior et son utilisation dans ce qui devrait être fait par des avocats expérimentés : les « due dil » ! Là où nous nous rejoignons c’est sur l’apport de l’intelligence artificielle dans ce domaine qui devrait à terme permettre aux avocats expérimentés d’exercer pleinement leur fonction, dans ce domaine comme dans d’autres, tout en maintenant le montant des honoraires à un niveau acceptable.

Le volume comme modèle économique. Je vous cite « Un cabinet qui facture 200 avocats sur un dossier de M&A affronte un commando de 15 seniors assistés par l'IA qui délivre le même résultat. Le modèle pyramidal (beaucoup de juniors, peu de partners) se fissure. » Là vous poussez le bouchon à l’extrême : les dossiers de M&A nécessitant 200 avocats ne sont pas monnaie courante. Les dossiers contentieux aux US, oui.

Ceci posé, vous avez raison dans l’économie d’échelle. Et c’est là que l’intelligence artificielle avantage énormément la petite structure. Jusqu’ici la taille d’un cabinet pouvait conduire à l’écarter sur des opérations de grande taille. Demain, non aujourd’hui, c’est fini !

Sur vos tests de survie, j’ajouterai ceci (en vous citant à chaque fois) :

1️⃣ Facturer le jugement, pas le temps. « L'avocat qui survit ne vend plus des heures de recherche. Il vend sa capacité à interpréter, négocier, décider. Le droit comme architecture de la décision, pas comme production documentaire. »

Tout d’abord, l’avocat ne « survivra » pas, il vivra. Pour ce qui concerne la production documentaire, il y a longtemps que le recours aux « précédents » est devenue la règle.

A titre personnel, j’ai plus de trente ans d’archives documentaires dans tous les domaines du droit qu’il m’a été donné d’aborder au cours de mes 55 ans+ de Barreau et cela fait plus de trente ans que j’utilise ce corpus documentaire pour être efficace et rapide tout en maintenant un niveau de qualité optimal.

Il existe aujourd’hui des plateformes comme Uplaw, Closd et autres qui vous tiennent votre table de capitalisation à jour ou vous aident à gérer les centaines de signatures nécessaires à la clôture d’une opération de M&A ou de financement.

Comme en 1968, demain ce sera « l’imagination au pouvoir » et le soixante-huitard que je suis sera aux premières loges.

2️⃣ Armer chaque avocat d'un agent IA. « Allen & Overy avec Harvey montre la voie. Mais 44% des tâches juridiques sont automatisables. Le cabinet qui n'équipe pas ses équipes perd en productivité face à celui qui le fait. »

J’aime beaucoup Allen & Overy, mais dire que ce cabinet montre la voie est une énorme erreur de perspective ! Non seulement Edwards & Praly mais des quantités d’autres jeunes cabinets utilisent ces outils depuis plusieurs années.

En revanche, à nouveau, cependant vous avez raison, le cabinet qui n’utiliserait pas ces outils aurait du souci à se faire pour son avenir.

3️⃣ Réinventer la formation des juniors. « Si l'IA fait le travail de l'associate de première année, comment forme-t-on les futurs partners ? Le cabinet qui résout cette équation prend 10 ans d'avance sur les autres. »

Vous mettez là le doigt sur le point qui fait mal aux « gros », qu’ils soient « grands » ou non, mais encore plus aux cabinets de taille moyenne.

En effet, le gros va devoir maigrir. Pour cela il pourra, compte tenu de sa taille et en tout cas pour les équipes nombreuses, réduire le nombre de chaque strate d’avocats, première année, 2ème année, etc.. Ce sera moins facile dans les équipes de soutien comme celles de droit du travail ou fiscalité mais restera possible. Le recrutement sera réduit mais persistera.

En revanche, le problème se posera de façon aigüe dans les cabinets de taille moyenne où seules les équipes majeures pourront appliquer ce modèle.

Ma vision de l’avenir est, comme en médecine, le retour en force du « généraliste ». Cela fait des années que je me bats contre l’hyperspécialisation, voire la spécialisation tout court.

D’abord, cela réduit le champ de l’imagination de l’avocat. Enfermé dans sa spécialité et la logique de sa spécialité, il perd l’agilité intellectuelle nécessaire pour trouver des solutions dans les autres domaines du droit.

Ensuite, l’avocat généraliste seul a la vision panoramique qui lui permet de traiter les sujets « bénins » comme les maladies bénignes et diriger les cas difficiles vers le spécialiste.

De ce point de vue-là, les cabinets Anglais, s’ils ont maintenu leurs pratiques de formation, sont mieux équipés que les Américains où les Français : un associé a obligatoirement deux avocats dans son bureau, un junior et un senior. Un avocat ne devient junior qu’après deux ou trois ans de formation dans trois matières différentes. Je me souviens d’avoir proposé ce modèle à mes associés il y aune quarantaine d’années et m’être fait renvoyer aux vestiaires des idées sottes et grenues.

En conclusion, nous sommes d’accord sur le fait que le droit est une profession  qui doit, sinon se transformer, du moins évoluer à la vitesse grand V. De ce point de vue là, le Barreau de Paris a la chance d’avoir eu et d’avoir aujourd’hui un Bâtonnier conscient des enjeux. Nous avons eu Genial AI à disposition pendant un an gratuitement pour tester l’outil et nous aurons Thémisia gratuitement pour gérer notre facturation.

Vous avez également raison lorsque vous écrivez que l'essentiel du travail de l’avocat collaborateur est aujourd’hui du travail de secrétariat que l’on ne devrait pas facturer, et de la recherche. Là où je suis en léger désaccord, c’est que même si l'IA fait un bon boulot, l’avocat sera toujours nécessaire pour diriger cette recherche et en améliorer le résultat.

« Les avocats qui survivront sont ceux qui savent quoi faire du droit. » oui, certainement mais attention aux « faiseurs » qui vendront une intelligence artificielle au prix du caviar en racontant qu’ils ont trouvé la pierre philosophale qui transforme le plomb en or !

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